La Religieuse sans tête — illustration

Anse du Fort Français, Miramichi

La Religieuse sans tête

Elle n'a jamais demandé grand-chose — seulement qu'on l'aide à retrouver ce qu'on lui a pris. Elle erre dans l'anse depuis deux cent cinquante ans. La nuit, elle s'approche des visiteurs. Elle n'a pas de tête pour parler. Elle tend les bras quand même.

En 1758, la guerre venait de partout.

Les Britanniques avaient déjà chassé les Acadiens de leurs terres — Grand-Pré, Beaubassin, Port-Royal — et maintenant ils remontaient vers le nord. Dans l'anse du Fort Français, sur la rive de la Miramichi, ceux qui restaient avaient construit un abri de fortune et enterré ce qui méritait d'être caché. Ils avaient confié le secret à une femme.

Sœur Marie — Inconnue, disaient les registres, comme si même son nom avait été perdu dans les remous de l'époque — soignait les malades et gardait une petite caisse pour les familles dans le besoin. Elle connaissait la cachette du trésor communautaire. On lui faisait confiance parce qu'elle était la seule à qui on pouvait.

Cette nuit-là, elle rentrait d'une veille au chevet d'un mourant.

On ne sait pas combien ils étaient. Deux hommes, dit une version. Un trappeur solitaire, dit une autre. Ils voulaient l'argent. Elle refusa. Ils insistèrent. Elle refusa encore.

Sa tête ne fut jamais retrouvée.

Son corps fut rapatrié en France. Mais le reste — ce qu'on lui avait pris, ce qu'elle cherche encore — est quelque part dans l'anse du Fort Français. Dans la terre. Dans les racines. Sous les pierres de la berge.

Les gens qui se promènent seuls dans l'anse après la tombée du jour disent qu'ils sentent une présence avant de la voir. Quelque chose qui marche à leur hauteur, dans les arbres, parallèle au sentier. Puis une silhouette émerge — la forme d'une femme en habit de religieuse. Sans tête. Les bras tendus vers eux.

Pas pour faire peur.

Pour demander de l'aide.

Elle n'a pas de bouche pour parler. Pas d'yeux pour regarder. Mais quelque chose dans sa façon de tendre les bras dit la même chose depuis deux cent cinquante ans : quelqu'un m'a pris quelque chose. Aidez-moi à le retrouver.

Les tours guidés du soir passent par l'anse tous les automnes. Les guides racontent l'histoire à la lumière des lanternes. La plupart des visiteurs rient un peu, nerveusement, et rentrent chez eux sans regarder derrière eux.

La consigne non officielle : ne venez pas seuls.

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Tradition orale / Oral tradition — d'après Doug Underhill, *Miramichi Tales Tall & True* (1999)

La Religieuse sans tête — narration

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